Corneille GND 2

Il y a deux ans, la création de la fameuse « brigade d’action contre les corvidés » (induisant un acronyme d’un goût assez douteux) avait scellé l’engagement des chasseurs aux côtés des nouveaux responsables de la chambre d’agriculture de la Haute-Vienne pour tuer Corneilles noires et Corbeaux freux accusés de porter gravement atteinte aux semis de maïs. Ce brillant coup de communication s’était accompagné de la diffusion d’une photo truquée qui montrait une méchante corneille avec un gentil caneton dans le bec. Une rapide recherche avait permis de montrer que la corneille était empaillée !

A travers leurs éditoriaux incendiaires et une campagne d’affichage extrêmement agressive, ces élus de la Chambre  se sont  depuis largement signalés pour leur considération envers les lois de protection de la nature et les administrations et associations qui essaient simplement de les faire respecter.

La LPO ne peut que déplorer une nouvelle fois cette opération visant à faire passer les chasseurs comme indispensables justiciers de nos campagne en leur permettant de sortir les fusils toujours plus longtemps.

La LPO souligne également le manque de sérieux de cette promotion du tir des Corneilles noires et des Corbeaux freux :  Il n’y a dans les préconisations de cette « brigade »  le moindre contrôle de la réalité des éventuels « dégâts » et de leur ampleur, pas de consigne sur le fait qu’aucun tir dans les nids ne doit être effectué (ces nids peuvent héberger d’autres espèces protégées), aucune information sur le fait qu’en plus des Corneilles et des freux, 2 autres espèces de corvidés peuvent être mêlées aux bandes de « corbeaux » : le choucas et le Grand corbeau, tous deux protégés également. Et ce sont les agriculteurs et les chasseurs eux-mêmes qui authentifieront les oiseaux « régulés » (le verbe « tuer » étant bien entendu soigneusement évité dans cette affaire).

Et que dire du fait que chaque  cadavre de « corbeau » se verra récompensé par le don de 3 cartouches et que certains seront exhibés au milieu des semis, pendus haut et court au bout d’une corde ?....C’est certainement légal, mais avec les grands champs brûlés au glyphosate (avant les semis de maïs justement) ça ne donne pas une image bien reluisante de nos campagnes limousines.

Rappelons enfin que les corvidés exposés ainsi à une vindicte rétrograde sont des oiseaux futés et adaptables qui sont loin de n’avoir qu’un rôle néfaste aux activités agricoles, même si certaines de ces activités, et en particulier la culture du maïs pour ensilage les ont beaucoup favorisés. En période de reproduction, ils consomment aussi beaucoup de larves d’insectes et de cadavres divers…

Leur destruction ponctuelle en tant que « gibiers » comme en tant que « nuisibles » était déjà permise, encadrée et largement suffisante.

Le Comité Territorial LPO Limousin