
Sur le plateau de Millevaches, la porcherie industrielle de Cirhyo menace l’équilibre entre agriculture et biodiversité
Alors que le préfet de la Creuse a autorisé un projet de porcherie industrielle hors-sol porté par Cirhyo autour du lac de Vassivière, les structures d’étude et de protection de l’environnement alertent sur les risques importants d’érosion de la biodiversité liés à ce projet. Cette décision va à l’encontre de décennies de coopération entre agriculteurs, institutions et associations naturalistes en faveur de l’élevage paysan limousin et des milieux naturels remarquables du plateau de Millevaches qui lui sont associés. Un recours en justice vient d’être déposé.
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Le Plateau de Millevaches : un territoire exceptionnel
A l’échelle du Limousin et de la Nouvelle-Aquitaine, le Plateau de Millevaches est particulier : il recèle de milieux ouverts très originaux liés aux sols acides issus du socle granitique, à l’omniprésence de l’eau, au climat influencé par l‘altitude mais aussi à des siècles de pratiques agro-pastorales qui ont permis la présence et le maintien des tourbières, landes, pelouses et prairies naturelles ainsi que la faune remarquable associée.
Cette richesse naturelle, et les pratiques paysannes qui en ont permis l’expression, ont été distinguées par divers classements et labels : la création, en 2004, du Parc Naturel Régional de Millevaches en Limousin et la reconnaissance de nombreux sites Natura 2000 par l’Europe (Zone de Protection Spéciale des Oiseaux et Zones Spéciales de Conservation) permettant la conservation de certains milieux très particuliers et des espèces végétales et animales à enjeux de conservation que l’on y trouve. C’est aussi en grande partie la sauvegarde des hêtraies, prairies, landes et tourbières de Millevaches qui avait suscité en 1992 la création du Conservatoire Régional des Espaces Naturels (qui y détient aujourd'hui des centaines d’hectares).
Un système agro-industriel qui nie les spécificités du territoire
Cirhyo, groupe à l'origine du projet du Villard à Royère-de-Vassivière, ne propose qu’un seul modèle de porcherie, industriel et standardisé, quelle qu’en soit la localisation. Un porc en engraissement sur caillebotis produit en moyenne 3,5 à 4,5 litres de lisier par jour. Le lisier, riche en azote, phosphore et potassium est ensuite épandu sur des surfaces agricoles, qui pour la plupart, reçoivent déjà le fumier des vaches et des brebis. L’apport régulier de lisier ne favorise que quelques espèces de plantes très adaptées aux fertilisants, ce qui réduit progressivement la diversité végétale, supprimant toutes celles qui sont moins compétitives. Le maintien des prairies à flore diversifiée est alors compromis sur les espaces agricoles. Mais tous les nutriments contenus dans le lisier ne restent pas sur les prairies : ce qui n‘est pas absorbé et assimilé par la végétation est inévitablement soumis au ruissellement. Ce sont alors les milieux tourbeux des fonds de vallons et les ruisseaux qui les traversent qui sont touchés, et c’est la qualité de l‘eau qui est altérée par l’augmentation de la teneur en azote et en phosphore. Ce risque de lessivage des sols est considérablement accru par les évènements météorologiques brutaux liés au changement du climat.
La conservation des prairies naturelles uniquement fertilisées au fumier de vaches et de brebis produit localement et la sauvegarde des milieux humides sont les conditions impératives au maintien des nombreuses espèces animales (Pie-grièche grise, Lézard vivipare, Mulette perlière, etc.) et végétales (Isoète à spores épineuse) les plus remarquables qui font de ces zones de moyenne montagne du Massif Central un ensemble irremplaçable.
Des décennies d’engagements et d’efforts collectifs remis en cause par un projet agro-industriel et hors-sol
Depuis de nombreuses années, agriculteur.ices, élu.es, institutions publiques et organismes de protection de l’environnement œuvrent ensemble pour favoriser une production agricole durable et adaptée aux caractéristiques climatiques et pédologiques du Plateau de Millevaches. L’Etat et l’Union Européenne encouragent et aident financièrement les agriculteur.ices qui s’engagent dans la mise en place des pratiques répondant le mieux aux enjeux environnementaux. Sur ce territoire, et sous l’impulsion du PNR, la protection de l’environnement ne rime pas avec une mise sous cloche des milieux naturels, mais bien avec un travail collaboratif alliant tous les acteurs du territoire.
Ces années d’engagements collectifs et d’investissement financier ont montré leur pertinence pour conjuguer production agricole et préservation de la biodiversité, un modèle aujourd’hui menacé par la mise en place d’un projet hors-sol, qui sera suivi de beaucoup d’autres s’il aboutit.
L’Etat privilégie le passage en force à la concertation
C’est pour toutes ces raisons que le projet d’implantation de la porcherie du Villard à Royère-de-Vassivière a suscité une mobilisation sans précédent des structures associatives, scientifiques et institutionnelles dont les missions sont d’étudier et de protéger les milieux naturels et les espèces les plus emblématiques de la Montagne limousine et qui sont constitutifs de son image si forte et originale. Cette mobilisation parallèle à celle des élus locaux et d’une grande partie de la population a été très perceptible dès la phase de consultation publique préalable organisée par la préfecture de la Creuse en mars 2026 où des contributions précises et argumentées ont été particulièrement nombreuses.
Ces argumentaires, qui appelaient pourtant à une réelle concertation, ont été totalement négligés, de même que les avis des structures qui animent les sites Natura 2000 ont été volontairement ignorés ou minimisés. Ces animateurs de sites (Conservatoire d’Espaces Naturels Nouvelle-Aquitaine et PNR de Millevaches) sont pourtant nommés par les préfets, tout comme les membres du Conseil Scientifique Régional de Protection de la Nature qui n’ont pas non plus été consultés alors qu’ils sont là pour donner des avis éclairés préalablement à des projets importants susceptibles de modifier des espaces remarquables.
Aujourd’hui, un réel problème démocratique est perceptible au regard de la non-prise en compte récurrente des avis citoyens et de l’expertise des structures institutionnelles et associatives.
Les organisations de protection de l’environnement limousines lancent l’alerte et déposent un recours
De manière inédite sur le territoire, plusieurs organismes d’étude et de protection de l’environnement et les institutions territoriales locales, unissent leurs voix pour alerter sur les impacts importants engendrés par le développement des projets industriels sur le territoire.
C'est en considérant toutes les menaces que fait peser le projet sur la biodiversité et les espaces protégés du Plateau de Millevaches qu’un recours contre l’arrêté du Préfet de la Creuse a été déposé devant la Cour Administrative d'Appel de Bordeaux. Il est porté par les structures suivantes : Ligue de Protection des Oiseaux, France Nature Environnement Limousin, France Nature Environnement Creuse, Terre de Liens Limousin, Sources et Rivières du Limousin, Agir pour l’Environnement et Groupe Mammalogique et Herpétologique du Limousin.
Enfin, nous appelons collectivement à penser en collaboration avec toutes les parties-prenantes, des projets alimentaires et territoriaux qui valorisent des productions agricoles locales durables, respectueuses des producteur.ices et de l’environnement et adaptées aux spécificités du territoire.
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Nous contacter :
> LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) Limousin :
> Terre de Liens :
> Le Champ des Possibles :
> GMHL (Groupe Mammalogique et Herpétologique du Limousin) :
> FNE (France Nature Environnement) Limousin :
> PNR (Parc Naturel Régional) Millevaches :
> Sources et Rivières du Limousin :
> SLEM (Société Limousin d'Étude des Mollusques) :